Les origines de son invention

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Un épineux problème…

L’origine du jeu d’échecs est un sujet controversé. En effet, comme l’écrit Richard Eales, la recherche des origines des échecs est similaire à la recherche du « chaînon manquant » dans l’évolution humaine.

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Origines du jeu

On admet généralement que son ancêtre connu le plus ancien est un jeu indien, le chaturanga. Ses traces les plus anciennes se repèrent entre les Ve et VIIe siècles. Deux passages de textes sanskrits mentionnent l’existence du jeu sans donner d’autres informations. Il s’agit de Vasavadatta, écrit en 600 par Subandhu qui évoque des joueurs d’échecs, et surtout de Harshascharita, écrit par Bana vers 625. Il décrit The Aashtapada, un échiquier de 64 cases, qui permet d’apprendre le Chaturanga, le nom sanskrit des échecs.

Ces livres, suivis de deux autres ouvrages écrits en 850 par Ratnakara et Rudrata à la fin du IXe siècle, permettent de prendre connaissance des pièces du jeu qui sont celles d’une armée : fantassins, cavaliers, chars et éléphants. Le jeu se jouait à quatre joueurs avec des dés (c’est l’origine du nom chatrinj = charta rinj = quatre douleurs en sanskrit et en persan) et était principalement un jeu de hasard.

L’origine de ces deux auteurs dans le nord-ouest du royaume du Cachemire suggère ainsi une transmission possible du bassin central du Gange vers l’Iran (la Perse).

Au-delà de cette époque, certains supposent que le jeu a évolué à partir de jeux de parcours indiens, d’autres lui prêtent un ancêtre extérieur en Chine ou en Asie centrale. Un jeu très similaire est également connu dans la civilisation chinoise, le xiangqi, dont les plus anciennes traces remonteraient à 569 (il y a une controverse à ce sujet); son existence est attestée en 800.

Diffusion du jeu

Le jeu se propage jusqu’en Perse aux alentours de l’an 600 où il devient le chatrang, qui se joue désormais à deux joueurs et sans dés. Les échecs connaissent alors un développement remarquable. C’est au cours des IXe et Xe siècles qu’apparaissent les premiers champions et les premiers traités. On retrouve alors :

  • le roi (Shâh, c’est lui qui donne son nom au jeu) se déplace d’un pas dans toutes les directions ;
  • le conseiller (Farzin ou Vizir) dont le mouvement est limité à une seule case en diagonale ;
  • l’éléphant (Fil, cf. sanskrit pilu qui donnera « fou ») avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale ;
  • le cheval (Faras), identique au cavalier moderne ;
  • le char (Roukh), identique à la tour actuelle.
  • le soldat (Baidaq, cf. sanskrit padati : piéton, fantassin), l’équivalent du pion, mais dépourvu du double pas initial.

Le Roukh était parfois représenté comme un char de guerre. Les Arabes y voyaient un général commandant l’armée. Mais son sens littéral reste obscur. Il semble que pour les Arabes, ce mot n’avait pas d’autre sens que celui de désigner cette pièce au Shatranj, un peu comme le mot rook pour les anglophones aujourd’hui. Le lien étymologique avec le sanskrit ratha : char est peu évident).

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Arrivée en Europe et évolution

L’arrivée des échecs en Europe se fait sans doute aux alentours de l’an mille par l’Espagne musulmane ou l’Italie du sud. Une légende prétend que Charlemagne aurait reçu un jeu, conservé à la Bibliothèque Nationale de France, de la part du calife Haroun al-Rachid, conservé au trésor de Saint-Denis, mais ce jeu a en réalité été fabriqué en Italie au XIe siècle. En 1010, sa première mention écrite en Occident a été trouvée dans un testament du comte d’Urgel, en Catalogne. De nombreuses pièces d’échecs ont été retrouvées lors de fouilles sur le site des chevaliers-paysans du lac de Paladru (Isère), site qui a été abandonné au plus tard en 1040.

Dès son arrivée dans la chrétienté, l’échiquier et les pièces s’occidentalisent progressivement.

  • le plateau devient bicolore avec les cases rouges et noires (qui deviendront plus tard blanches et noires) ;
  • le vizir devient fierge (ou vierge), puis reine et/ou dame (il est difficile de déterminer lequel des deux termes prévalait — sans doutes étaient-ils utilisés indifféremment);
  • l’éléphant (al fil en arabe, qui reste alfil en espagnol aujourd’hui) devient aufin, puis fou (bishop : « évêque » en anglais);
  • le roukh arabe devient roc (ce nom donnera rook en anglais, le verbe « roquer » en français et désignera la tour d’échecs en héraldique), puis tour vers la fin du XVIIe siècle (les tours de guet étant souvent placées en hauteur).

Dans certaines régions d’Europe, le double pas initial du pion est pratiqué. Enfin, des règles permettent au roi ou à la reine/dame d’effectuer un saut à deux cases (sans prise) à leur premier mouvement. Ce dernier point est la différence principale avec les règles du Shatranj des pays musulmans.

Mais l’évolution la plus importante a lieu à la fin du Moyen Âge, vers 1475 en Espagne lorsque les mouvements limités de la reine/dame et du fou sont remplacés par ceux que nous connaissons actuellement. Le jeu devient tellement rapide qu’on juge préférable d’annoncer « échec au roi » et « Gardez la reine ».

Les joueurs de cette époque nomment ces nouvelles règles : « eschés de la dame » ou « jeu de la dame enragée ».

Pour parer aux effets dévastateurs de ces pièces aux pouvoirs renforcés, le roque est inventé vers 1560 et, progressivement, il remplace le saut initial du roi ou de la reine/dame qui deviennent obsolètes. Vers 1650, on peut considérer que les règles du jeu moderne sont à peu près établies. Si les premiers livres traitant des échecs remontent à l’époque arabe, la stabilisation des règles en Europe donne naissance à une littérature théorique très riche et on observe notamment l’élaboration des premiers systèmes d’ouverture.

L’époque moderne

L’aspect physique des pièces le plus courant aujourd’hui, le style « Staunton », date de 1850. C’est également durant la seconde moitié du XIXe siècle qu’émergent les échecs modernes. Les premières compétitions internationales ont lieu, les progrès théoriques de l’art de la défense mettent un terme à l’ère romantique.

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Au XXe siècle, l’URSS en assure une promotion très active, le considérant comme un excellent outil de formation intellectuelle. C’est, en outre, une vitrine de la formation intellectuelle soviétique qui leur permet de dominer largement une discipline prestigieuse.

Durant la guerre froide, l’émergence de Bobby Fischer, le premier Occidental à défier les Soviétiques au plus haut niveau, puis de Viktor Kortchnoï, dissident soviétique qui parvint deux fois en finale du championnat du monde, donnent à cette compétition une véritable dimension politique. Plus tard, les tensions entre conservateurs russes et partisans de la perestroïka se cristalliseront autour de l’affrontement entre Anatoli Karpov et Garry Kasparov.

À la fin du XXe siècle, la confusion concernant le titre de champion du monde amène l’attention médiatique à se concentrer sur l’opposition entre l’humain et la machine, comme en témoigne le retentissement médiatique des matchs entre Kasparov et Deep Blue. Les femmes font également leur apparition au plus haut niveau dans un domaine longtemps réservé de fait aux hommes. Ainsi, depuis avril 2003, Judit Polgár figure parmi les meilleurs joueurs mondiaux du classement de la Fédération internationale des échecs.

Depuis janvier 2000, les échecs sont devenus, en France, un sport reconnu par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. De nombreuses compétitions sportives sont organisées dans le monde entier. Depuis le début de l’année 2008, l’entrée de ce sport aux Jeux olympiques est discutée.

L’actuel champion du monde est le norvégien Magnus Carlsen, qui a succédé à l’Indien Viswanathan Anand en 2013.

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