Bien raisonner

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Avoir le bon raisonnement

Le plus important, aux échecs, c’est de bien raisonner, finalement. De vraiment en comprendre la logique. De vous faire vous poser les bonnes questions, en fait, tout simplement.

Si vous possédez cette logique, propre au jeu d’échecs, mais pas seulement, vous pourrez très vite bénéficier de vos observations, de votre intuition, et trouver des coups pertinents et très intéressants.

En revanche, s’il vous manque la logique générale de réflexion, vous aurez beau observer précisément, faire des efforts et même apprendre, vous allez malheureusement réfléchir à des coups inexacts, être sans cesse surpris par les coups adverses, ou ne pas répondre pertinemment au danger ou à l’urgence d’une situation. Vos chances de gagner, donc également celles de progresser, en seront réduites d’autant.

Une fois qu’on a le bon raisonnement, raisonnement qu’on peut d’ailleurs deviner par soi même, comme les mouvements des pièces sont prévisibles, cela devient beaucoup plus simple. Vous trouverez alors les coups utiles, des coups excellents, qui vous sembleront d’ailleurs de plus en plus faciles à trouver, avec l’expérience.

Les explications suivantes sont quasiment primordiales. Vous pouvez apporter des réponses à ces questions seul, tout d’abord, avant de lire la bonne méthode, qui en théorie doit seulement vous servir de « confirmation ».

En jouant, au fil du temps, même si vous jouez rapidement, cette réflexion devra être simple et naturelle, ou le devenir.

Sommaire :

Qu’implique la menace d’une pièce ?
Qu’implique un échec au roi ?
Est-ce conseillé de tendre un piège ?
A quoi faut-il penser, au cours d’une partie d’échecs ?
Pourquoi des coups sont-ils parfois plus ou moins forcés ?
Quel rôle joue l’habitude ?
Qu’appelle-t-on jouer « de manière sûre » ?
A quoi sert l’entraînement ?
Comment gérer un gros avantage de matériel ?
Comment gérer un léger avantage de matériel ?

Qu’implique la menace d’une pièce ?

Lorsqu’on attaque une pièce adverse à l’adversaire, non défendue ou d’une valeur supérieure à celle qui la menace, on passe à l’offensive et on réduit son champ d’action.

Si une petite pièce attaque une grosse (mémoriser la hiérarchie et la valeur indicative des pièces), on aurait tendance à penser qu’elle va réagir, se déplacer de manière à éviter cette perte, ou jouer en fonction de cette menace (contre attaquer par une menace supérieure, ou un coup intermédiaire). Il faut donc vérifier, mais on peut donc souvent ne calculer « que » les déplacements de cette pièce, ou les ripostes graduellement équivalentes.

Exemple :
Si un pion attaque un fou, on va alors penser à tous les coups adverses qui :
1. Prennent, ou clouent, le pion qui menace
2. déplacent le fou
3. menacent la prise de matériel supérieur
4. font échec (toujours y penser)
5. les autres attaques, ne concernant pas que le matériel

Qu’implique un « échec au roi » ?

Lorsqu’on met l’autre roi en échec, il va de soi que le nombre de réponses est réduit.
Cela simplifie le calcul du coup suivant.
Et surtout, l’adversaire est contraint de parer cet échec, donc de réagir : bouger son monarque, interposer, ou même prendre la pièce.

Dans tous les cas, l’échec est une contrainte : il est obligatoire pour l’autre d’annuler cette situation au coup suivant. L’adversaire doit donc immédiatement jouer un coup de défense. (sauf s’il repousse la pièce adverse, recréant un vis à vis simulant une contre attaque). Mais le camp qui met en échec garde théoriquement l’initiative.

Il peut alors éventuellement enchaîner un nouvel assaut, tirant parti du mouvement précédent. Il faut donc toujours, toujours, envisager les coups annonçant « Echec », car des menaces peuvent inopinément apparaître. Pas forcément le faire non plus systématiquement, mais y penser.

Peut-on « tendre un piège » ?

C’est humain d’y penser, car si on veut gagner, il faut bien que l’adversaire fasse au moins une erreur, donc l’y inciter fait partie du jeu.
Ce n’est pas donc pas inconcevable, toutefois je vais dire qu’en général c’est un peu risqué, un peu plus pour celui qui tend le piège, en général, que pour celui à qui on le tend.

Il faut distinguer certaines situations :

Si le coup « piège » est le meilleur coup de la position, dans tous les cas, il faut évidemment le jouer.
Si c’est un bon coup, mais pas le meilleur, je dirais « la question se pose ». Tout dépend si c’est un piège simple ou élaboré, du niveau de l’adversaire, et du « manque à gagner » entre le meilleur coup, et le coup tendant le piège.
Toutefois, si on veut jouer « au mieux », on essaye de jouer le meilleur coup quoi qu’il arrive.
Si la position est compromise ou très compromise, et que les chances de retourner la situation s’amenuisent. Si c’est la « dernière chance » en quelque sorte, alors je dirais « pourquoi ne pas tenter le coup » ?
Mais si c’est un coup moyen ou douteux, et que ce n’est pas obligatoire de le tendre, alors étudions les deux possibilités :
Soit l’adversaire tombe dans le panneau, et alors tant mieux. Mais, nous devons nous demander : si nous avons vu le piège, alors pourquoi l’adversaire, intelligent également, devrait-il ne pas le voir ?
Il peut très bien ne pas faire pas l’erreur espérée, et jouer le bon coup. D’autant plus si l’erreur attendue est assez simple à voir, la rigueur étant de mise, lorsqu’on trouve une suite en sa faveur, généralement on fait des vérifications.
Alors on se trouvera dans une situation moins bonne que si notre coup précédent était le meilleur coup « en soi ».

Dans ce cas pour résumer, tendre un piège devient « prendre un risque », celui que l’adversaire le déjoue, et se retrouve finalement dans une situation un peu meilleure qu’avant.
C’est donc un peu contraire au principe qui voudrait que la victoire dépende de son jeu, et non d’une erreur adverse.
En plus, rajoutons que si l’adversaire commet une erreur que nous n’aurions pas commise, au moins à ce moment c’est que nous sommes meilleurs que lui. Donc on peut imaginer qu’on gagnerait sans doute « à la régulière », tôt ou tard. Prendre un risque revient donc à une petite contradiction en soi, dans la plupart des cas.

A quoi faut-il penser, en fait, pendant une partie d’échecs ?

Et bien en fait, en résumé je dirais qu’il faut essayer penser à tout, si on peut.
Cela peut paraître exigeant au début, mais se comprend bien, j’espère. Il faut envisager toutes les possibilités si on veut bien jouer, ne pas oublier un bon coup à réaliser, comme ne pas négliger un danger, logiquement prévisible, aux échecs.
Faire le tour de ses possibilités tout d’abord : tout ce qui est permis, et faire le meilleur choix. On présume que l’adversaire aura le même raisonnement.
A chaque coup, on liste (dans sa tête) toutes les possibilités, sans oubli. Généralement certaines s’éliminent d’office, ce qui simplifie. Mais parfois, un coup atypique renverse la situation, ou l’améliore beaucoup. Méfiance, le « trop évident » est parfois l’adversaire du joueur d’échecs.

On vise à chaque fois le coup le plus intéressant, le meilleur à court et long terme, la meilleure défense ou le meilleur compromis entre ces deux idées. Choisir donc le coup le plus utile et le plus gênant, résout le mieux son souci, ou une association des deux.

On doit ensuite observer tous les coups de l’adversaire, car il est en droit de jouer ce qu’il lui plaît. (Dans le respect des règles, bien sûr). Tous les coups possibles. Et on part du principe qu’il va lui aussi nous jouer le meilleur coup, celui qui nous ennuie le plus.

On se redemande alors ce qu’on va pouvoir lui répondre, puis ce qu’il va nous répondre, et ainsi de suite. Et ce, le plus loin possible, en essayant d’arriver à une position favorable. C’est important, et c’est en fait même le principe et l’intérêt du jeu : prévoir à l’avance les possibilités, s’adapter, et trouver les bonnes réponses.

Une fois qu’on a compris cela, et compris qu’il faut arriver à une position favorable ou égale (ou essayer de mieux chercher si on se rend compte que la position se détériorerait), c’est très bien. Sinon, c’est souvent trop tard, les situations compromises se retournent rarement, un avantage ou un désavantage ayant tendance à être amplifiés en cas de jeu précis adverse.
Le moindre avantage exploité par un jeu précis risque de s’amplifier inexorablement, même lorsque l’avantage n’est « que d’un pion », par exemple. Ne reste plus qu’à trouver des moyens pour bien résister, bien tenir le coup, et chercher à attaquer et obtenir des avantage, cela viendra, c’est justement l’objectif de l’entrainement.

Pourquoi des coups sont parfois « plus ou moins forcés » ?

Parfois, les attaques sont directes et franches : on peut mettre le roi en échec, menacer mat, ou menacer une pièce plus ou moins importante. Le coup suivant va être généralement lié au fait que le roi ne peut rester en échec, va éviter le mat, ou ne va surement pas laisser une pièce en prise, il va soit défendre, soit bouger, soit contre attaquer, mais jamais jouer un coup « quelconque ».

On voit forcément plus loin lorsque les coups sont forcés, car le nombre de réponses est réduit. De plus, si la menace est importante alors on se trouve sur un point critique de la partie, il faut donc être très attentif si cela arrive, et ne rien laisser au hasard. Et calculer assez loin.

Si une position est plus « calme », permet beaucoup de coups équivalents, et la position est aussi plate que le choix adverse est vaste, c’est il est vrai moins évident. Toutefois à un bon niveau ce qui semble équivalent ou neutre a parfois des enjeux, une différence, qui apparaît parfois bien plus tard.
Cela vient en développant son sens de la stratégie.
Il faut savoir que dans une position, il y a pratiquement toujours quelque chose d’utile à faire, même si c’est « contrable », ou ce n’est pas décisif.
On cherche alors à long terme, et plus on connaît le jeu, plus on trouvera des objectifs..

Quel rôle joue l’habitude ?

En fait, l’habitude va servir dans un premier temps pour « rassurer ».
Lorsqu’on commence, il est normal de tâtonner, et de prendre un peu de temps au début, si on est perfectionniste, on va devoir faire l’effort de vraiment penser à tout sans se relâcher.
Avec un peu d’expérience, on va déjà être plus sûr de soi, et se focaliser sur les choses essentielles. Sentir également les moments importants, les dangers, et mettre en relation ses forces sur les faiblesses, pour trouver une combinaison fatale. (enfin bien sûr, les calculs ne se feront jamais tout seuls !).
Bien sûr, il faudra toujours se méfier, ne jamais être trop sûr.
L’expérience peut aussi également permettre des rapprochements, entre deux situations vécues notamment, ou étudiées.

On voit plus vite les mouvements possibles. Avec un peu d’habitude, cela est en fait presque immédiat. Le blitz, donne ainsi des réflexes naturels, va faire jouer des coups d’instinct, et aussi motiver à trouver des cibles à court terme.

On voit rapidement les menaces adverses, les cibles. (failles, pièces immobilisées, pièce en l’air, colonnes à ouvrir, attaque du roi)

On voit plus vite les coups « pertinents », efficaces.

On se rend compte des pièges tendus, des pressions, des combinaisons.

On voit plus vite également les interactions entre les pièces. On voit alors mieux les pièces mobiles, disponibles et actives qui peuvent participer à l’action, et celles qui ont besoin d’attention ou de temps pour participer au jeu.

On voit mieux les faiblesses, ou les cibles, les manières d’attaquer et de défendre.
On peut ainsi voir plus rapidement un plan et s’il va fonctionner, ou s’il va être contrarié au bout de deux coups.

Qu’appelle-t-on jouer « à coup sûr » ?

Comme je viens d’expliquer, il faut tenter de ne rien laisser au hasard. Si on pense pouvoir gagner, même de plusieurs manières, mais que seulement une défense peut annihiler notre attaque, et nous amener à un désavantage, alors il ne faut surtout pas choisir cette voie. Pourquoi, parce que si on a vu la défense adverse, il y a de grandes chance qu’il la remarque aussi, la choisisse, et cela se terminera mal si on a épuisé nos arguments.

Il faut alors s’efforcer de trouver, dans sa tête les meilleures répliques pour son adversaire aussi. Mais toutefois, malgré tout, tenter de « surenchérir », trouver des coups qui malgré la qualité de l’adversaire, nous amènent à une bonne situation, en tout cas la meilleure possible (que l’on cherche un avantage, que l’on tienne une position, ou bien que ce soit équilibré).

Si l’adversaire joue moins bien que prévu, et se trompe plus ou moins, alors dans un sens tant mieux pour nous. La position sera alors meilleure qu’on pensait, et à nous d’en profiter. Il va sans dire que dans une position équilibrée, on joue un coup lorsqu’on a trouvé une position qui nous va, naturellement. On ne va jamais accepter une suite perdante, sans avoir cherché une suite qui tienne la route.

Mais si on peut souhaiter une imprécision adverse (ou une erreur), et cela arrive parfois, il ne faut pas y compter. Car la plupart du temps, l’adversaire est très bon.

A quoi sert l’entrainement ?

Etudier l’ouverture permet d’être en terrain connu au départ, savoir les bons coups et les bonnes réponses adverses, obtenir une position choisie à l’avance avec son entraîneur.
Ainsi on a une assez bonne position, mais pas seulement. On connaît les idées, les plans, ce qui facilite la réflexion. On est sûr de ne pas tomber dans un piège, et on est en terrain connu (comme si on jouait « à domicile »).

Si l’adversaire joue un coup non préparé à l’avance, il s’agit probablement d’une erreur, ou tout du moins d’un coup inférieur à la théorie. En tout cas, c’est un signal, pour nous inciter à être attentif. Il faut alors en tirer parti, c’est parfois long, c’est parfois bref : on parle alors de « réfutation », lorsqu’on prouve par une belle victoire qu’un coup se révèle faux.
Sans connaitre l’ouverture, on ne risque pas à chaque coup de se poser cette question, essayer de trouver un gain évident, car cela n’est pas fréquent.
La plupart des ouvertures sont connues, donc prévisibles. Un entraineur a donc la possibilité de montrer le genre de positions à venir, vers quoi le jouer s’engage. Car toutes les parties, selon les ouvertures, n’ont pas le même profil. Certaines sont tactiques, d’autres solides. Tout le monde a des goûts différents, bien sûr.
Donc un joueur va pouvoir dire si telle ou telle ouverture lui plaît, et creuser cette ouverture dans le détail.

En milieu de partie, on va déjà trouver tous les thèmes de tactique (thèmes combinatoires, voir chapitre tactique). On pourra ainsi aiguiser ses sens combinatoires, les interactions en quelque sorte.

La stratégie se développe également, savoir quelle pièce garder, utiliser sa structure de pions, etc.
Certaines structures caractéristiques se retrouvant régulièrement, on connaît aussi parfois des plans généraux pour améliorer ses chances (attaque contre le roque, jouer avec ou contre un pion isolé).

Les finales se travaillent aussi. Cela permet de tirer parti de ses forces, pour convertir un avantage serré, ou empêcher l’autre de convertir son avance. Les finales les plus retrouvées sont toutes à étudier, elles peuvent parfois permettre de concrétiser un match à coup sûr, ou d’annuler à coup sûr, sans réflexion, et surtout sans faille.

Une force du joueur en milieu de partie, sera aussi de savoir si on s’oriente vers une finale gagnante, ou compliquée. Donc de savoir si la simplification est suffisante ou non, si on mène, ou si on doit encore chercher la faille. La connaissance de la finale aide évidemment à ce choix, et oriente le milieu de partie.

Comment gérer un net avantage matériel ?

La première choses à savoir, est qu’un net avantage de matériel (à partir d’une pièce), sauf en cas de grosse attaque adverse, est théoriquement synonyme de victoire.
En jouant correctement, à plus ou moins long terme, on gagnera si on ne fait pas d’erreur (ni mater, ni contraindre à rendre le matériel).
Même un avantage d’un pion, s’il est pris sans compensation, suffira souvent à gagner dans une opposition entre deux bons joueurs. (mais n’abandonnez pas si vous perdez un pion !).

On doit donc gérer son avance, sans risque :
1. Ne pas prendre de risque inutile.
2. Veiller à ne pas perdre de matériel, au moins en garder suffisamment.
3. Mater, ou attaquer si c’est faisable.
4. Tenter d’augmenter son avantage.
5. On peut se permettre d’échanger : plus on échange, plus l’avantage matériel est clair
6. Ne pas se retrouver avec trop peu de temps.

Comment gérer un léger avantage ?

Il faut jouer « solidement » et « activement », afin d’accroître son avantage, si possible sans prendre de risque. Tout dépend du résultat espéré, si on doit absolument gagner, ou si une nulle suffirait, on peut ou non tenter d’obtenir un net avantage, mais la plupart du temps on essaie de construire le résultat « petit à petit » (c’est d’autant plus vrai que le niveau est élevé), et de toujours accroître son avance.